Il plia le genou et déposa un baiser sur le front pâle du mort. Puis il se releva.
Si pénible qu'eût été la mort du baron et celle de Réjane, le retour du marquis bien portant et ramenant l'enfant, dont on avait voulu se faire une arme contre sa femme, avait amoindri cette double douleur. La figure grimaçante de notre ami Goliath pouvait seule se prêter à la reproduction des pensées qui se partageaient son cerveau. Il pleurait d'un oeil et riait de l'autre en disant:
—Ce pauvre baron, qui avait la main si largement ouverte... C'est égal, j'ai trouvé le marquis, moi! Et cette malheureuse jeune fille, quelle triste fin!... Ah! si j'avais été là! Mais je ne pouvais pas être en double, hélas!... Moi, je sauvais l'enfant....
La difficulté, avec tout cela, était de prévenir la marquise du retour de son mari... Si on eût écouté le nain et Joseph, on eût fait entrer carrément le baron; ils prétendaient que le bonheur ne pouvait pas faire de mal. Mais Vilers et Tony ne l'entendaient pas ainsi. Ils savaient combien la marquise était impressionnable. Il fallait éviter une émotion qui aurait pu la tuer.
Tony se chargea de la tentative.
Recommandant à tout le monde de bien se garder de parler du marquis, il entra—son dévouement, qui avait presque fait de lui le frère d'Haydée, lui en donnait le droit—dans la chambre de l'accouchée.
La marquise fut heureuse de le voir.
—Je venais, madame, lui dit-il, savoir si le bruit qui s'est fait cette nuit autour de l'hôtel ne vous a pas épouvantée.
—Oh! monsieur Tony, vous ne me croiriez pas si je vous disais que je n'ai rien entendu tant j'ai dormi!...
—Dormi!... est-ce possible?