—C'est vrai... Mon Dieu!... comment me suis-je trompée ainsi, dit la jeune femme tout à fait convaincue. Mais lui, où est-il en ce moment? Dort-il?

—Non, je crois l'entendre dans la chambre voisine... Il promène sans doute son fils...

—Ah! dites, dites-lui vite de venir m'embrasser encore une fois.

Tony, tout à fait rassuré sur les conséquences de l'entrevue, s'élança pour appeler le marquis. Mais celui-ci,—qui, ayant suivi toute la conversation, de la pièce voisine, avait rapidement enlevé son manteau, ses grosses bottes et son épée, et jeté son chapeau au loin,—arrivait, vêtu comme on l'est chez soi. Surmontant l'émotion qui lui serrait la gorge, il dit avec une gaieté factice:

—Vous embrasser? Une fois et dix fois, si vous le désirez, madame!

La marquise poussa un cri de joie et lui entoura le cou de ses deux bras.

—Crois-tu, dit-elle en riant, que tout à l'heure encore, j'avais cru que ton retour n'était qu'un rêve? Mais je ne m'abuserai plus maintenant! Je suis heureuse, bien heureuse....

—Chère Haydée! disait Vilers, dont les yeux étaient humides d'émotion et de bonheur.

—Repose-toi, mon ami. Il est tard. Va auprès de notre enfant... de ton fils... car il est à toi. Tu en feras un beau et loyal soldat comme toi... Il aura Tony pour modèle...

—Je ne saurais en effet lui en offrir un meilleur, dit le marquis en tendant la main au jeune homme, tout rouge et tout confus de cet éloge.