»Maintenant, écoutez-moi, car si je n’ai plus la force qui donne la victoire, j’ai l’expérience qui conseille les batailles. L’heure n’est point venue où il vous faudra, une fois encore, appeler la Bretagne aux armes, et lui montrer son manteau d’hermine comme drapeau national. Les peuples reviennent tôt ou tard aux races qui firent leur splendeur et leur force; tôt ou tard ils tournent les yeux vers le passé et comprennent que le passé renferme les gages certains de grandeur et de prospérité de l’avenir.

»Cette heure ne tardera pas à sonner pour l’Armorique, mais il la faut attendre. Et pour être fort au jour de la lutte, il faut être calme et prudent la veille.

La race des Valois s’éteint. Le roi François II est mort sans lignée, le roi Charles IX mourra de même; son frère d’Anjou et son frère d’Alençon s’éteindront pareillement, si j’en crois la voix secrète de l’avenir.

»Alors deux nouvelles races se trouveront en présence et se disputeront le trône:—Les Guises et les Bourbons, Lorraine et Navarre.

»Ce jour-là sera celui de notre réveil et du réveil de la race bretonne.

»Que chacun de vous retourne au pays qui lui a servi de seconde patrie; que chacun de vous s’attache à la fortune du maître qu’il s’est fait, et qu’il grandisse en dignités.

»Plus vous serez haut situés dans l’échelle des hommes, plus votre tâche sera facile.

»Le peuple, auquel vous pourrez montrer à la fois l’épée qui asservit et l’or qui enchaîne, celui-là sera le vôtre, car il comprendra que vous possédez les deux prestiges les plus puissants pour dompter les hommes: la force et la richesse.

»Mais d’ici là, il vous faut être patients, avisés, circonspects. Nous avons pour adversaires trois races de rois ou de princes, Valois, Bourbons et Lorrains, toutes trois intéressées à notre perte, toutes trois prêtes à nous détruire.

»Il y a, de par le monde chrétien, une femme dangereuse, terrible, pour qui la mort n’est qu’un jeu, qui emploie indifféremment le poison et le poignard, le gant parfumé des Italiens et la dague des estafiers,—cette femme a tué mon père... et elle se nomme Catherine de Médicis!