»Il y a quelques mois à peine que cet enfant est ici avec sa mère. Ni l’un ni l’autre n’ont traversé la mer et touché le continent; nul ne les a vus... et cependant depuis huit jours, des cavaliers inconnus longent la grève au galop et jettent de rapides regards aux vieux murs de la tour.
»Peut-être que déjà la vie de cet enfant est menacée; peut-être les bourreaux viendront le réclamer demain. Emportez-le!
»Que l’un de vous se charge de sa jeunesse; qu’il l’élève dans la haine de l’oriflamme et des rois de France, dans l’ignorance de son nom et de son rang.
»Quand il aura quinze ans, âge où les souverains sont hommes, il sera temps de lui révéler l’un et l’autre.»
—Sire mon père, dit don Paëz, donnez-moi l’enfant, je m’en charge.
—Non pas, fit Gaëtano, je le veux pour moi.
—Non pas, dit Gontran le Lorrain, c’est moi qui l’aurai.
—Et moi, murmura l’Écossais avec son fier sourire, ne suis-je donc rien ici?
Et comme une querelle allait peut-être s’engager, la veuve jusque-là muette, se leva:
—Je suis sa mère, dit-elle, et j’ai le droit de ne pas me séparer de mon enfant.