La reine, partie la veille d’Édimbourg, était arrivée le soir, la nuit tombant, à Glascow.

Elle avait dîné en tête-à-tête avec la comtesse de Douglas, sa dame de compagnie, et était demeurée enfermée avec ses ministres depuis huit heures jusqu’à onze, pour élaborer les bases d’un traité avec l’Angleterre touchant la délimitation exacte des frontières sur certains points des deux royaumes.

A onze heures, Sa Majesté avait renvoyé les ministres pour procéder à sa toilette.

A minuit, les portes des salles du bal avaient été ouvertes à deux battants, et le flot de courtisans s’y était engouffré aux préludes d’une valse.

Puis, la valse s’était éteinte, et alors, en attendant la reine et son époux, cent groupes divers s’étaient formés, remarquables par la pittoresque originalité et la différence variée des costumes.

Ici, un courtisan vêtu de soie abordait un lord militaire armé de toutes pièces; là, un laird des montagnes portant au flanc la longue claymore, et sur l’épaule le plaid rayé blanc et bleu;—plus loin, une dame d’honneur, adoptant le costume galant de la cour de France, causait avec une châtelaine du Nord, ayant conservé la jupe écossaise et la coiffure nationale.

Les groupes étaient bruyants, animés, joyeux ici, là soucieux, car depuis plusieurs années déjà de sombres nuages planaient sur le pays d’Écosse, amoncelés dans le lointain par la politique astucieuse de la reine d’Angleterre, qui trouvait toujours un sonore écho chez les lords et les bannerets, dont l’ambition ombrageuse s’accommodait mal des libéralités de Marie Stuart et de la confiance aveugle qu’elle était toujours prête à accorder à des étrangers, de préférence à ses propres sujets.

Le sombre drame du meurtre du chanteur Rizzio, assassiné par Douglas, Murray et le roi lui-même, aux pieds de la reine et dans son oratoire, n’était point encore oublié, et l’on sentait instinctivement que ce calme momentané, cette fête de l’heure présente ne serait point un lien de sécurité assez fort pour prévenir de nouvelles tempêtes.

Parmi les différents groupes d’où le rire et la discussion s’échappaient avec une sorte de volubilité fébrile, il en était un qui attirait les regards plus que tous les autres: il se composait de trois seigneurs éminents par leur opulente fortune, leurs titres et leurs dignités, la popularité dont ils jouissaient et une réputation d’audace bien connue.

L’un, et celui sur lequel les yeux de tous se portaient de préférence, était le comte lord de Bothwell, l’un des plus grands seigneurs terriens d’Écosse, jeune, beau, quoique d’un aspect farouche et cauteleux, audacieux jusqu’au crime, et professant un souverain mépris de la légalité, qu’il appelait d’ordinaire la pierre d’achoppement des niais.