—Je le sais, dit-il sourdement.
—Et si cela vous arrivait, poursuivit froidement don Paëz, la loi serait exécutée sur-le-champ. J’ai une dague sous ma robe et je vous l’enfoncerais jusqu’à la garde dans la poitrine.
—Mon Dieu! murmura le bourreau, pardonnez-moi!...
—Sire, continua don Paëz, le jour de leur sacre, les rois baisent la poussière, et c’est pendant qu’ils sont prosternés que le prélat qui officie laisse tomber sur eux l’huile sainte.
—Eh bien! dit le faux roi, dites à M. d’Édimbourg de se tenir prêt.
Et de lui-même il se baissa, et appuya, sans le savoir, sa tête sur le billot.
Don Paëz fit un signe, le bourreau leva le bras, la hache étincela aux premiers rayons de l’aube, puis retomba sourdement et sépara la tête du tronc d’un seul coup, tranchant avec elle le voile noir des régicides.
—Voilà, murmura don Paëz, un homme qui est mort en rêvant, et qui s’en va dans l’autre monde enchanté de son sacre et riche à milliards. C’est le cas, ou jamais, de dire que le bien vient en dormant.
Le bourreau saisit aussitôt la tête sanglante, encore enveloppée du voile, et, sans oser la regarder, pâle, frissonnant, il la jeta dans le cercueil placé derrière lui avec le corps qu’il plaça par-dessus.
Et puis, comme s’il eût craint encore d’apercevoir cette tête, il ôta son manteau rouge et l’étendit dessus.