—Le trône d’Écosse! dit froidement don Paëz.

Hector, étonné, ne parut point comprendre.

—Écoute, continua don Paëz; qu’était-ce que lord Bothwell?—un grand seigneur d’Écosse, rien de plus! Il n’aimait pas la reine, mais il l’a poursuivie, menacée, et il l’a épousée... il est devenu roi!—Qu’étais-tu, toi?—un gentilhomme n’ayant que la cape et l’épée; mais un gentilhomme issu des ducs de Bretagne, et qui, pour la naissance et le courage égalait au moins Bothwell... Pourquoi, le sort aidant, n’eusses-tu point été roi?

Hector baissa la tête:

—Je ne sais, murmura-t-il, si dans quinze ans je changerai de langage, mais ce que je sais aujourd’hui c’est que le jour où notre frère Gontran m’arracha à l’épée de Bothwell, fut un jour maudit.

—Frère, répondit don Paëz, expose ton front au vent de l’avenir: le temps cicatrise toutes les blessures, celles de l’amour avant les autres. Viens avec moi, je retourne auprès du roi mon maître; ma vie sera la tienne, et si je suis heureux tu le seras.

—Soit, dit Hector, je te suivrai!

—Frères, dit à son tour Gontran, je ne suis, moi, ni amoureux, ni ambitieux, mais ma vie a un but, un but unique;—je veux retrouver l’enfant!—Je vais continuer à marcher vers mon but.

Gontran salua ses frères, mit l’éperon aux flancs de son cheval et partit.

—Moi, fit enfin Gaëtano avec son railleur sourire, j’ai laissé à Naples une contessina que les gens du roi disent aussi belle que la madone; elle a de l’esprit comme le majordome de Satan; le contessino, son vénérable époux, vient de mourir en lui léguant tout son bien, qui se compose d’un palais au bord de la mer et d’un coteau aux flancs du Vésuve, où pousse le lacryma-christi. J’aimerais assez un palais, j’aime plus encore le jus divin du Vésuve; je n’ai nul besoin d’aimer la contessina pour l’épouser.—Frères, adieu!