Don Paëz eut un mouvement de rage; il ne comprit pas d’abord, et il demeura à son poste d’observation, étreignant les grilles de ses doigts ensanglantés et paraissant chercher le mot de cette énigme.
La barque s’éloignait toujours. Don Paëz, épuisé comme l’était Hector, se laissa retomber au fond du cachot.
Tout à coup, traversant l’espace, une chanson lui arriva par lambeaux; c’était une barcarole napolitaine dont voici la traduction:
Du soir jusqu’à l’aube nouvelle
Au faîte de la vieille tour,
Veille l’austère sentinelle
Dont l’œil dans la nuit étincelle,
Et qui défend,—barque ou nacelle,
Qu’aucun esquif n’aborde avant le point du jour!
—C’est la voix de Gaëtano, s’écria don Paëz, remontant de nouveau à la meurtrière.
La barque avait disparu dans l’éloignement, et un silence profond suivit ce premier couplet.
—Mon Dieu! mon Dieu! murmura don Paëz, qu’est-il donc arrivé? Serions-nous trahis? Nous aurait-on découverts?
La même voix reprit aussitôt, quoique plus éloignée:
Mais la sentinelle, épuisée,
En est à sa troisième nuit,—
Prisonniers, dont l’âme est brisée,
Avant que tombe la rosée,
Avant que d’une aile lassée
La nuit cède la place au jour prochain qui luit.
Et comme don Paëz écoutait, haletant, la voix qui s’affaiblissait de plus en plus dans l’espace continua sans s’interrompre: