Le favori pâlit et regarda le roi avec inquiétude.

—Et que, poursuivit Philippe II, non-seulement vous désirez arriver aux premiers emplois du royaume, mais encore...

Le roi s’arrêta et se prit à rire.

—Mais encore, sire? insista don Paëz.

—Oh! ceci est burlesque, ami Paëz, et il faut que le chancelier soit fort ton ennemi...

—Sire, s’écria don Paëz, qui maître de lui, comprenait combien le terrain devenait glissant, je ne consens à savoir quelle accusation le chancelier porte contre moi, que si vous m’autorisez à lui planter, en champ-clos, la lame de mon épée dans la gorge.

—Tout beau! mon maître, j’ai besoin de mon chancelier.

—Eh bien! sire, en ce cas, voyez si mes services passés, si mon dévoûment et ma fidélité ne sont point assez forts pour me garantir de quelque accusation infâme;—et puis, si vous croyez messire don José Déza plus que vous ne croyez votre cœur et vos yeux, sire, envoyez-moi à l’échafaud ou au bûcher, mais ne me dites point de quoi le lâche m’accuse, car, malgré mon respect pour Votre Majesté...

—Eh bien! vois-tu, ami Paëz, interrompit le roi avec bonhomie, je ne veux pas t’attrister davantage, mais il est nécessaire que tu t’éloignes quelques mois de notre cour. Je sais que les Maures vont se révolter, et j’en suis satisfait, ce sera le moyen de les écraser une fois pour toutes, et de ne plus entendre les criailleries du grand inquisiteur, de mon chancelier et de tant d’autres. Dieu! fit le roi avec un soupir d’ennui, comme ces gens-là sont fatigants, et que je les ferais bien bien brûler si je n’en avais si grand besoin!

—Votre Majesté, dit charitablement don Paëz, ne pourrait-elle pas trouver un moyen convenable de les remplacer?