Aroun fronça son sourcil noir.
—Qui donc, demanda-t-il, oserait trouver mauvais que la sultane, ma fille ne prenne point un époux?
—Un grand personnage, mon père.
—Je voudrais bien savoir son nom? ricana le roi.
—Il se nomme Mahomet?
—Le prophète.
Le vieil Aroun fit un soubresaut et, stupéfait, laissa échapper de ses lèvres le bout d’ambre de sa narguileh.
—En vérité? s’écria-t-il.
—Comme je te le dis, petit père, répondit imperturbablement Namouna. Hier, lorsque le muezzin appelait à la prière du soir et que je faisais mes ablutions, une des houris du prophète m’est apparue et m’a dit: Sultane Namouna, ma mignonne, la volonté de Mahomet est que tu te maries au plus vite.—Et pourquoi? ai-je demandé.—Parce que, a répondu la houri, le roi ton père se fait vieux, et que, s’il mourait demain, le trône de Grenade n’aurait pas de roi, ce qui serait un grand malheur pour le peuple maure...