—Il est une heure du matin, dit-il. A huit heures, je te répondrai.

—Pourquoi ce délai?

—C’est mon secret.

—Est-il donc besoin de réfléchir pour accepter une couronne?

—Oui, quand cette couronne doit être achetée au prix d’un torrent de sang.

—Ce sera le sang des martyrs.

—Sans doute; mais peut-être, hélas! ne suffira-t-il point pour l’affermir sur ma tête; peut-être sera-t-il impuissant à faire le bonheur du peuple qui m’aura choisi pour son chef.

—Don Fernand, murmura Aben-Farax, tu parles bien: mais on voit à tes discours que tu vis, toi, de la vie espagnole, et que tu ne souffres point comme nos frères.

—Je souffre plus qu’aucun d’eux, Aben-Farax, murmura don Fernand;—il n’est pas nécessaire de régner pour être roi, d’être aimé et respecté d’une nation pour aimer tendrement le peuple. Je suis roi moralement, frère; je me souviens que mes pères ont tenu un sceptre, et je verse une larme à chaque larme que laisse échapper le peuple de mes pères.

—Eh bien! alors, don Fernand, pourquoi hésiter? Nos dominateurs se font bourreaux, prenons les armes!