Don Paëz étouffa un cri... Puis, redevenant maître de lui, il joua un étonnement si naïf que le roi s’y laissa prendre.
—En vérité! murmura-t-il, Son Altesse s’intéresse à moi?
—Oh! fit le roi en riant, il ne faut pas t’en enorgueillir trop, maître Paëz; l’infante ne t’aime que parce que mon chancelier, don José Déza te déteste... et elle n’aime pas le chancelier...
—Je m’en doutais, soupira humblement don Paëz; mais pourquoi le chancelier est-il mon ennemi?
Le roi haussa les épaules et répondit avec cette bonhomie à la Louis XI, qui faisait le fond de son caractère dans l’intimité:
—Ceci est de la politique... et tu sais bien que je n’y ai jamais rien compris.
—Hum! pensa don Paëz, Sa Majesté est le plus grand politique de son royaume, quoi qu’elle en dise, mais j’y vois plus loin qu’elle en ce moment; l’infante m’aime... parce qu’elle m’aime.
—Mon cheval? demanda le roi.
On amena un étalon noir comme la nuit, dont la crinière était semée d’étoiles d’argent et dont les brides étincelaient de rubis. Jamais plus noble et plus fier animal n’avait brouté les pâturages de l’Andalousie; c’était, pour nous servir de l’expression antique, un vrai cheval de roi.
—Tiens-moi l’étrier, maître Paëz, dit le roi, frappant sur l’épaule de son favori.