CHAPITRE SIXIÈME
VI
Pendant ce temps, le roi Philippe II et sa cour descendaient, à leur tour, les rampes de l’aride coteau qui supporte l’Escurial, et la chasse royale gagnait au galop les gorges de la Sierra où, pendant la nuit, une ourse gigantesque et mère d’une redoutable nichée, avait été détournée.
L’infante paraissait avoir oublié déjà l’affront involontaire qu’elle avait fait à don Fernand—affront, du reste, qui servait en ce moment encore de texte aux conversations et aux demi-mots des courtisans.
Elle babillait, railleuse et coquette, gourmandait la camérera-mayor, qui lui faisait respectueusement observer qu’elle devait être plus réservée dans son langage et dans son maintien, impatientant son cheval qui bondissait et se cabrait à demi sous sa cravache, et souriant parfois d’un air mutin à don Paëz, qui caracolait auprès d’elle avec l’élégance et l’habileté d’un écuyer consommé.
Autour du roi, au contraire, la conversation avait pris une couleur sombre et sérieuse comme le front du monarque. Deux hommes attaquaient les Maures avec la violence du fanatisme et de la haine, renversant, détruisant un à un les derniers scrupules de ce terrible maître qu’on nommait Philippe II.
Au moment où le brillant cortège entrait dans la gorge désignée pour le rendez-vous de chasse, le roi, à demi vaincu, se tourna vers le marquis de Mondéjar, qui chevauchait à dix pas, échangeant des réponses insignifiantes avec le grand inquisiteur, et l’appelant d’un signe:
—Marquis, dit-il, je me faisais un plaisir véritable de chasser avec vous aujourd’hui, car vous êtes un excellent veneur, plein d’ardeur et d’expérience...
Le marquis laissa échapper un geste d’étonnement, et regarda le roi.
—Mais, poursuivit Philippe II, il me vient en mémoire que vous êtes gouverneur de Grenade.