—En effet, sire, balbutia le marquis.

—Et savez-vous, marquis, qu’un gouvernement sans gouverneur est bien mal gouverné?

Le marquis tressaillit et fronça le sourcil.

—Aussi bien, j’ai réfléchi qu’il pouvait, d’un moment à l’autre, nous advenir de fâcheuses affaires dans notre royaume de Grenade, et qu’il était tout à fait convenable qu’au lieu de perdre votre temps à courre le sanglier et l’ours en notre compagnie, vous piquiez des deux et retourniez a l’Alhambra.

—Sire, répondit le marquis d’une voix respectueuse mais ferme, comme il convient à un vieux soldat, ceci ressemble fort à une disgrâce...

—Une disgrâce! mon vieux capitaine, fit le roi avec bonhomie! par saint Jacques de Compostelle! je n’y songe pas. Retourne à Grenade, je t’y enverrai bientôt mes instructions.

Le marquis s’inclina sans mot dire, tourna bride et quitta le cortége; à quelques pas, il jeta un regard en arrière et l’arrêta sur le roi, autour duquel se pressaient le duc d’Albe, le chancelier et le grand inquisiteur.

—Mon Dieu! dit-il avec émotion, les Maures sont perdus! fasse le ciel que mon honneur sorte sauf de la lutte qui va s’engager!

Pendant ce temps le grand inquisiteur disait au chancelier:

—C’est un grand malheur que Mondéjar soit gouverneur de Grenade.