—J’ai foulé aux pieds le présent pour lui préférer l’avenir; j’ai résisté au bonheur qui m’ouvrait les bras, parce que le bonheur ne suffit pas aux vastes aspirations de mon âme; j’ai eu le courage de résister à la seule femme que j’aie aimée, j’ai été sans pitié pour ses larmes; j’ai vu couler des pleurs de roi et ces pleurs ne m’ont point touché... Oh! je suis fort maintenant, et mes ennemis peuvent essayer d’entamer mon audace et ma volonté; cette audace et cette volonté sont un mur d’airain où se briseront leurs ongles et leurs dents de tigres! O ambition! merci, tu es le talisman des braves et des forts!

Trois jours après, don Paëz entrait dans les murs de l’Albaïzin; une heure plus tard, les troupes qu’il avait demandées au roi arrivaient, seulement elles étaient moindres de moitié, le régiment des gardes qu’il attendait ne devait point venir. La plupart des officiers qu’on lui envoyait étaient vendus au chancelier: un seul corps lui demeurait entièrement dévoué, celui des lansquenets allemands.

Don Paëz fronça le sourcil d’abord, et haussa les épaules ensuite.

—Bah! dit-il, j’ai mon étoile!

Le lendemain, il trouva cloué au chevet de son lit le billet suivant:

«Don Paëz, tu as refusé mon amour, je te hais... Souviens-toi du serment que tu as fait à la Bohémienne pour obtenir ta liberté et celle de l’infante; et si l’on te présente mon anneau, ne sois point parjure!»

Cinq jours après, le lévrier d’Hector, qu’il avait renvoyé à l’Escurial, arriva haletant et couvert de poussière. Il avait une bague dans la gueule; cette bague signifiait que la faveur de don Paëz était battue en brèche par ses rivaux.

—Vrai Dieu! se dit-il, la fortune voudrait-elle donc lutter avec moi? Eh bien, soit! je relève le gant... Fortune, à nous deux!

CHAPITRE DIXIÈME