X

Trois mois s’étaient écoulés.

Don Paëz avait défié la fortune—la fortune avait relevé le gant et accepté le défi.

Depuis trois mois, tout semblait conspirer contre le colonel des gardes disgracié.

C’était un triste gouvernement que celui de l’Albaïzin, un gouvernement monotone et isolé du théâtre de la guerre, dans lequel don Paëz n’avait autre chose à faire qu’à veiller sur des canons rouillés regardant les canons inoffensifs de l’Alhambra.

La garnison de l’Albaïzin se composait d’environ deux mille hommes; sur ces deux mille hommes, cinq cents à peine étaient dévoués au gouvernement; le reste semblait obéir à quelque chef mystérieux et inconnu qui, d’un signe imperceptible, approuvait ou désapprouvait les ordres de don Paëz.

Et don Paëz cherchait vainement, parmi ses officiers, ce chef qui paraissait être le vrai gouverneur;—il ne rencontrait autour de lui que des marques d’un respect équivoque et une obéissance ironique à laquelle il ne pouvait se tromper.

Parfois il se prenait à espérer que le théâtre de la guerre se rapprochant, il lui serait enfin permis d’y prendre part et de reconquérir, par un coup d’éclat, cette faveur qu’il avait perdue.

Mais la fortune paraissait lui refuser cette revanche.