Les Maures, cernés dans les Alpunares par des forces imposantes, se défendaient vaillamment, ayant leur roi à leur tête, et se montraient peu soucieux de marcher sur Grenade, leur ville sainte.

Pas plus que don Paëz, le marquis de Mondéjar, qui commandait à l’Alhambra, n’apercevait, dans le lointain, la fumée de l’artillerie, et il semblait frappé de la même disgrâce—car les ordres formels du roi étaient que les gouverneurs de Grenade et de l’Albaïzin n’abandonnassent, sous aucun prétexte, leurs murailles respectives pour faire une sortie et marcher à la rencontre des Maures.

Un jour, cependant, le bruit lointain d’une mousqueterie très vive était venu retentir en échos affaiblis jusqu’aux remparts de l’Albaïzin; puis un nuage de fumée avait obscurci l’horizon; enfin, aux rayons du soleil levant, les armures avaient étincelé et miroité comme un fleuve d’acier...

L’espoir revint au cœur du morne don Paëz; il monta anxieux, haletant, au sommet d’une tour; il suivit les péripéties du combat qui paraissait devoir être fatal aux Espagnols; et enfin, dominé par un sentiment d’égoïsme facile à comprendre, il poussa un cri de joie en voyant un corps d’armée mauresque passer sur le corps des carrés espagnols enfoncés, et marcher victorieux sur Grenade.

Un siége! pensa-t-il, une défense héroïque, les canons de l’Albaïzin s’éveillant enfin de leur long sommeil; les remparts de Grenade enveloppés d’un manteau de fumée, les balles sifflant, les glaives froissant les glaives, les cris de joie des vainqueurs insultant aux imprécations des mourants... Et, au milieu de ce tumulte, lui, don Paëz, fier et calme, l’épée nue, donnant ses ordres d’une voix retentissante et creusant, sous les murs de Grenade, un tombeau à cette armée assez hardie pour le venir braver!

Don Paëz descendit de son poste d’observation, il revêtit ses habits de combat, il ordonna qu’on prît les armes, et que chaque tourelle, chaque bastion fussent occupés.

Ses ordres furent ponctuellement exécutés.

En même temps, à l’Alhambra, les mêmes dispositions de défenses furent prises, et la lutte promit d’être gigantesque.

Debout sur le rempart, une lunette d’approche à la main, don Paëz suivait attentivement du regard la marche rapide de l’ennemi.

Ses forces étaient nombreuses: plus de dix mille hommes s’avançaient au galop et traînant de l’artillerie de campagne; ils n’étaient plus qu’à un quart de lieue, et leurs phalanges se déroulaient comme une immense collerette de fer sur les collines verdoyantes que domine l’Alhambra.