Et prenant la princesse dans ses bras, l’étreignant sur sa poitrine, il l’emporta en lui disant:
—Viens! allons mourir ensemble comme des rois et des amants... allons unir notre dernier souffle et notre dernière pensée—l’amour est le plus glorieux des linceuls!...
Et alors la voix de don Paëz redevint vibrante et terrible, et parcourant le château, les remparts, les bastions, cette voix cria partout: Aux armes! aux armes!
Puis calme maintenant, froid, impassible comme tous les grands cœurs aux heures suprêmes, il donna ses ordres de combat avec précision, se fit apporter ses vêtements les plus beaux, ses armes les plus fines et son manteau de roi, voulant descendre au cercueil avec la pompe des souverains.
La princesse toujours près de lui, toujours à sa droite, était redevenue, en quelques secondes, cette femme énergique et forte qui suivait son époux en tous lieux; comme lui elle se couvrit du manteau royal et ceignit une épée, comme lui elle courut aux remparts recevoir l’ennemi.
L’heure des serments d’amour, des rêveries charmantes et des baisers sans fin était passée, celle du combat arrivait, et la reine des Maures devait se souvenir de la belliqueuse gitana.
La nuit était bien sombre, mais la foudre du ciel l’éclairait de minute en minute et montrait aux assiégés les Espagnols montant à l’assaut.
Ils avaient dédaigné de traîner des canons après eux, et la promptitude et le sangfroid qu’ils mettaient à combler les fossés avec des fascines et à ajuster des échelles, témoignaient de l’inébranlable résolution du général en chef, qui n’était autre que le farouche duc d’Albe, d’en finir d’un seul coup et de sacrifier au besoin dix mille hommes.
Don Paëz les reçut avec de la mitraille et des feux de mousqueterie qui leur firent éprouver un grand dommage dès la première heure;—mais chaque soldat tué était remplacé, chaque échelle renversée était redressée à l’instant.
Les Espagnols se cramponnaient aux blocs de roche, grimpaient au talus des murailles, étreignaient une pierre en saillie et mouraient avant de tomber;—et toujours décimés, toujours infatigables, sanglants, hachés, ils montaient sans cesse, les morts devenant un marchepied pour les vivants.