Don Paëz abrita ses yeux du revers de sa main, regarda les collines de l’Alhambra et aperçut les bataillons du marquis de Mondéjar qui descendaient au pas de course et s’apprêtaient à passer le Daro pour marcher à la rencontre des Maures.
—Tenez, dit-il avec un sourire de triomphe, voyez, monsieur; la garnison de l’Alhambra tranche la question. A cheval! monsieur, à cheval! ou nous arriverons les derniers.
—Pardon, fit l’imperturbable don Fernando, demandez votre lunette, monseigneur, et regardez bien le chef qui marche en tête des troupes de l’Alhambra, vous verrez que ce n’est point M. de Mondéjar.
Don Fernando disait vrai. C’était le vice-gouverneur de Grenade qui les conduisait.
Don Paëz rugit.
—Eh bien! s’écria-t-il, si par un puéril respect d’une vieille loi martiale, M. de Mondéjar demeure sur ses remparts alors que le canon va tonner, moi, don Paëz, je n’y resterai point. A cheval, monsieur, et, j’en suis sûr, le roi sera content d’une pareille désobéissance!
—Vous vous trompez, monseigneur, car la volonté formelle du roi est que vous ne sortiez point de l’Albaïzin.
—Pourriez-vous m’en fournir une preuve?
—Volontiers, monseigneur.
Don Fernando ouvrit son justaucorps et tira de son sein un parchemin scellé du sceau royal. Don Paëz le prit, le parcourut et pâlit.