Don Paëz promena son œil d’aigle sur cette petite armée rangée en bataille; il mesura les dragons d’un regard de mépris, puis désignant du doigt les cinq cents lansquenets allemands:

—Restez ici, dit-il; don Fernand vient de me faire observer que le devoir d’un gouverneur était de ne point abandonner le siége de son gouvernement... Et il a raison. Ouvrez les portes!

Les deux régiments espagnols sortirent de l’Albaïzin, ayant à leur tête don Fernando y Mirandès; il ne demeura plus dans la forteresse que don Paëz, gouverneur illusoire, et les lansquenets qui, seuls, lui étaient dévoués et prêts à se faire hacher pour lui.

—O fortune! s’écria alors le favori déchu, tu ne m’as point vaincu encore!

Il regagna son poste d’observation et voulut être spectateur de ce combat auquel la fatalité lui défendait de prendre part.

C’était le matin, nous l’avons dit, par une matinée splendide de l’Espagne avec un soleil étincelant qui miroitait sur les brumes bleuâtres flottant encore au flanc des collines, et jetées comme une mantille de gaze sur les épaules grises des rochers et les tours noircies des forteresses.

L’armée maure, immobile ainsi qu’un mur d’acier, attendait le choc de l’armée espagnole avec la confiance de son droit et de la supériorité de ses forces. Les bataillons de l’Alhambra et ceux de l’Albaïzin couraient, au contraire, à sa rencontre, avec l’impétuosité de troupes fraîches que les marches forcées n’ont point lassées avant le combat.

Le choc fut terrible, les Maures reculèrent; leur centre parut s’enfoncer indéfiniment vers le nord, et, croyant sans doute à une défaite prématurée, les Espagnols poussèrent en avant et voulurent poursuivre, l’épée haute, ces prétendus fuyards.

Mais soudain les ailes de l’armée maure, massée sur les collines voisines, se déployèrent rapidement et, par une manœuvre habile, se rejoignirent sur les derrières de l’armée espagnole.

Alors le centre qui avait lâché pied jusque-là s’arrêta, fit tête à l’ennemi, et celui-ci, enveloppé de toutes parts, se trouva enclavé par une muraille d’acier et dans l’impérieuse nécessité de former un carré et de changer son rôle d’agression en une attitude de défense.