—Ouvrez! ordonna don Paëz.

La porte tourna sur ses gonds et un homme entra, l’épée à la main: c’était Aben-Farax; puis deux autres, pareillement armés, ses frères; et après eux une vingtaine de Maures, tous armés, tous prêts à combattre... mais tous s’arrêtèrent frappés de stupeur à la vue des soldats allemands qui emplissaient la salle, et de don Paëz, immobile et calme auprès du baril de poudre, la torche dans la main droite, la gauche sur la garde de son épée.

—Messire Aben-Farax, dit-il en les mesurant d’un tranquille regard, j’ai nom don Paëz, j’étais le favori du roi d’Espagne; mais on a miné ma faveur, et mes rêves d’ambition sont près d’avorter. Un coup d’éclat seul peut raffermir ma fortune ébranlée; si l’occasion me manque, j’appellerai la mort à mon aide. Les regrets de l’ambition déçue sont le plus atroce des supplices. Or, vous empêcher de prendre Grenade, vous faire prisonniers, vous et ceux qui viennent derrière vous, serait certes un assez beau coup et je vais le tenter. Je ne veux ni coup de feu, ni tumulte, ni sang versé. Si l’on se battait dans les rues de l’Albaïzin, on me traiterait de boucher et mes ennemis contesteraient ma victoire. Rien de tout cela; je veux simplement vous amener à déposer vos armes et à vous rendre à merci.

—Par Mahomet! s’écria le bouillant Aben-Farax, je voudrais bien savoir comment?

—De la plus simple façon, messire. Vous voyez ce baril, vous voyez cette porte ouverte, et par cette ouverture d’autres barils semblables à celui-ci?

—Oui, murmura Aben-Farax.

—Eh bien! il y en a trente ou quarante semblables, échelonnés jusque sous les murs de l’Alhambra.

Aben-Farax fit un mouvement et voulut marcher sur don Paëz.

—Un pas de plus, dit celui-ci, et j’incendie Grenade et l’Alhambra, les souvenirs d’orgueil de votre race, les merveilles de vos rois;—tout ce qui atteste votre splendeur passée, tout ce qui est l’objet, le but de vos rêves d’avenir, saute avec nous et retombe en décombres noircis.

Et don Paëz approchait la torche du baril.