—Bas les armes! cria Aben-Farax frémissant; nos frères accourent et nous délivreront!
—Je vais les recevoir! répondit don Paëz d’une voix railleuse.
Il confia les prisonniers aux lansquenets et courut à la forteresse, sur laquelle marchait l’armée maure, commandée par le roi Aben-Humeya lui même.
Pas une lumière ne brillait aux créneaux de l’Albaïzin: les remparts de la forteresse paraissaient déserts, et don Fernand ne douta point un instant que l’assaut ne fût de courte durée, grâce au sommeil des assiégés, qui lui permettait d’espérer un plein succès.
La nuit était sombre, et la silhouette noire des tours se dessinait à peine sur le bleu foncé du ciel.
Les Maures marchaient silencieux, croyant toujours au sommeil de la garnison; mais soudain, et au moment où ils étaient à portée de mousquet, les créneaux, les remparts, les tours, s’illuminèrent tous à la fois, puis s’enveloppèrent d’un manteau de fumée et retentirent d’un horrible fracas. Le canon grondait!
—Nous sommes trahis! s’écria don Fernand, nous avons un véritable siége à faire maintenant, car l’homme qui défend ces murs est aussi brave que moi. Feu! et aux remparts.
Don Fernand poussa vigoureusement son cheval, aux pieds duquel vint s’amortir un boulet;—et presque aussitôt, à la lueur momentanée d’un coup de canon, il aperçut debout sur le rempart, calme, impassible, la tête haute et l’œil flamboyant, un homme qui donnait ses ordres d’une voix brève et assurée: c’était don Paëz.
—Fatalité! murmura-t-il, cet homme et moi, nous devrions être frères!
Les murailles de l’Albaïzin resplendissaient comme un phare dans la nuit sombre; les boulets, la mousqueterie pleuvaient sur les assiégeants et leur causaient grand dommage, tandis qu’abrités derrière leurs créneaux les assiégés n’éprouvaient que des pertes minimes.