—Je vous ai donné ma parole que vous seriez libre, vous le serez cette nuit même. Comptez-y.

La nuit suivante, vers deux heures, la porte de la tour où étaient enfermés Aben-Farax et ses frères s’ouvrit sans bruit, et un homme, dont le chapeau tombait sur les yeux, entra dans le cachot où les trois Maures s’étaient endormis.

—Suivez-moi, dit mystérieusement cet homme.

Ils obéirent.

L’inconnu les guida, à travers les ténèbres jusqu’à un petit escalier tournant qui s’enfonçait dans les profondeurs de la forteresse, et il descendit le premier.

Ils le suivirent, confiants en la loyauté de don Paëz.

Après avoir descendu une centaine de marches, ils pénétrèrent dans un corridor assez étroit qu’ils traversèrent dans toute sa longueur; au bout de ce corridor était une porte que l’inconnu ouvrit, et quand elle eut tourné sur ses gonds, ils se trouvèrent en plein air.

Ils reconnurent alors qu’ils venaient de franchir une poterne; ils aperçurent un pont-levis jeté sur le fossé extérieur, et, au-delà du pont-levis, trois chevaux attachés à un arbre. Alors ils reportèrent leurs regards sur leur guide, et, à la clarté phosphorescente qui se dégage de l’atmosphère des pays chauds et jette un rayon lumineux à travers les nuits les plus sombres, ils reconnurent don Paëz.

Don Paëz qui, conspirant contre lui-même, trompait le gouverneur au profit du gentilhomme, et trahissait le roi pour être fidèle à son serment.

—Messire, dit-il à Aben-Farax, voilà des chevaux, partez au plus vite, et que les premiers rayons du jour vous trouvent à distance de l’Albaïzin. Hors de mon gouvernement je ne peux rien.