Aben-Farax s’inclina.

—Dans mon gouvernement même, reprit don Paëz avec un accent de dédain amer, je suis bien moins gouverneur que gouverné, et mes pouvoirs illimités en apparence se trouvent restreints et contrebalancés par une influence mystérieuse. Mes ennemis ont su placer des espions autour de moi, et je ne suis, pour l’heure, rien moins que le gouverneur de l’Albaïzin.

—Je le sais, murmura Aben-Farax.

—Ah! vous le savez? fit don Paëz tressaillant.

—Sans doute. Les Maures savent tout. Don Paëz, vous êtes le seul Espagnol, si j’en excepte Mondéjar, pour lequel nous n’ayons aucune haine au fond du cœur.

—Je vous ai cependant fait assez de mal cette nuit même?

—Oui, mais nous avons un pressentiment.

—Lequel?

—C’est que vous combattrez un jour dans nos rangs. Ne riez pas, don Paëz, Dieu est grand.

—Et Mahomet est son prophète, n’est-ce pas? Je ne crois pas à Mahomet.