—Même si elle vous donnait un trône?

Don Paëz tressaillit et hésita.

—Non, dit-il enfin, même pour un trône.

—Et pourquoi cela, don Paëz?

—Pourquoi? parce que l’ambition et l’amour ne cheminent point côte à côte dans l’âpre route de la vie; parce que l’amour étouffe l’ambition... et j’ai peur d’aimer la gitana.

Aben-Farax poussa un cri:

—Tu l’aimes! don Paëz, fit-il avec joie; don Paëz, une heure viendra où tu seras las de ton maître comme nous l’avons été de notre joug, et, à cette heure-là, don Paëz, nous t’attendrons! Adieu!...

Et Aben-Farax sauta en selle avec ses frères et s’éloigna au galop.

Don Paëz le suivit des yeux à travers les ténèbres; puis, lorsque le galop se fut éteint dans l’éloignement, il rentra dans l’Albaïzin, referma soigneusement la poterne et murmura:

—Cette femme est donc un démon, que mon cœur tressaille quand on me parle d’elle, et qu’un trouble inconnu s’empare de ma tête et de mon cœur à son souvenir. Cet homme est donc un prophète, puisqu’il m’annonce l’heure de ma chute avec un accent convaincu et un front impassible?