Ce mot produisit un effet magique sur don Paëz; sa tête inclinée se redressa, son œil lança des flammes, et il prit une si fière attitude que l’enthousiasme gagna le cœur d’Hector.
—Je suis un impie! s’écria don Paëz; je viens de blasphémer et de renier mon étoile qui me dit qu’un trône sera pour moi tôt ou tard. Ah! messire le roi d’Espagne, vous voulez m’envoyer à l’échafaud, moi qui vous ai conservé Grenade? Eh bien! je vous la prendrai, soyez tranquille! Et ce sera à la tête d’une armée maure; je ne suis point votre sujet; je ne vous dois ni fidélité ni vasselage; je vous ai loyalement servi, en échange vous me livrez au bourreau? Eh bien! notre pacte est rompu et mon épée m’appartient!
En ce moment on heurta à la porte, et le capitaine des lansquenets entra:
—Messire, dit-il à don Paëz, je viens vous prévenir que moi et mes hommes nous étions vendus au roi pour trois ans.
—Eh bien! les trois années expirent demain, et si le roi ne nous fait un autre marché, il pourra confier à qui il voudra la garde de l’Albaïzin.
—A quel prix voulez-vous faire ce nouveau marché?
—Oh! monseigneur, plus cher que le premier. Nous donnions notre vie pour rien. Si le roi ne veut pas de nous, nous irons ailleurs. Notre épée est à celui qui la paie le mieux.
—Et si je l’achetais, moi? demanda brusquement don Paëz.
—Vous, monseigneur?