—Si, au contraire, mon trépas ne le touche point, si son œil d’acier s’arrête froidement sur mon front pâli, si son cœur de marbre ne tressaille point, si ce sourire glacé qui me tue n’abandonne pas un seul instant sa lèvre dédaigneuse... Oh! alors, Saïd, comme je suis fille de roi, comme il faut que mon trépas soit vengé...
Sa voix trembla dans sa gorge, elle parut hésiter...
—Alors?... demanda le médecin maure.
—Prends ce poignard, Saïd; le dernier Abencerrage l’avait à son flanc le jour de sa mort, et avec ce poignard..
Elle hésita encore et voulut jeter l’arme loin d’elle; mais soudain une pensée terrible, un souvenir atroce illumina son cerveau.
—L’infante! murmura-t-elle, il l’aimera peut-être... et je ne le veux pas!
Et alors la larme qui brillait au bord de son œil s’évanouit, séchée au vent dévorant de la jalousie; un éclair remplaça cette larme,—la gitana tendit le poignard à Saïd et elle ajouta:
—Alors... tu le tueras!
—Mais vous voulez donc mourir? s’écria le Maure tremblant.
—Je le veux!