—Ni les larmes de vos serviteurs, ni le souvenir de vos aïeux, ni le roi votre frère...
—Silence! Tu sais, ô Saïd, si ma volonté est un mur d’airain; je veux mourir, je mourrai!
—Mon Dieu! mon Dieu! murmura le Maure éperdu.
—Allons! reprit-elle, ton secret, Saïd, ton secret?
—Je n’en ai point...
—Tu mens!
—J’ai besoin de consulter mes livres, de méditer... il me faut une partie de la nuit... Demain j’aurai trouvé.
—Demain il sera trop tard, dit-elle froidement; je veux mourir aujourd’hui, ce soir, dans une heure... Tiens, vois ce soleil couchant, cette soirée splendide, ce lac bleu comme le ciel, immobile et calme comme lui; écoute cet hymne mystérieux qui monte de la terre au ciel par les mille voix de la brise qui pleure et de l’oiseau qui babille sous la feuillée, du ruisseau murmurant sous l’herbe et des forêts aux fonds desquelles résonnent des bruits inconnus... Dis, n’est-il pas doux de mourir à cette heure où tout va s’endormir et s’éteindre: l’oiseau dans son nid, la brise au fond des bois, les rayons du soleil, cet emblème de la vie, derrière les collines qui ferment l’horizon?—Voyons, Saïd, parle vite! il me faut ton secret...
—Eh bien! s’écria le Maure avec l’accent du désespoir, j’ai composé un breuvage qui plonge en un sommeil profond.