—Après, on ouvre les veines des poignets et des pieds, et le sang fuit goutte à goutte sans que la victime éprouve la moindre douleur.
—Tu me passeras au bras mes plus gros bracelets, afin de cacher ma blessure; il ne faut pas qu’il voie le sang, il en aurait peut-être horreur. Ton breuvage, Saïd, prépare-le sur l’heure.
—Mon Dieu! supplia le Maure, attendez une heure encore, madame, rien qu’une heure...
—Mais tu ne vois donc pas, malheureux, s’écria-t-elle avec colère, tu ne vois donc pas que ce trépas que j’implore est une délivrance, et que cette heure que tu me demandes est une heure de tortures de plus?... Appelle mes femmes, Saïd, je veux être belle et parée pour mourir, je veux prendre les vêtements que j’avais le jour où il vint et me vit ici; je veux une couronne des fleurs les plus rares; à mes mains des bagues sans prix; je veux, sous mon pied nu, des sandales de velours et d’or, et, dans le cercueil où tu me placeras, je veux que mes cheveux noirs, dénoués, s’arrondissent en boucles capricieuses et fassent un oreiller de velours à mon visage blanc et pâle.
Saïd frissonnait et gardait le silence.
—Mais surtout, reprit-elle, souviens-toi que je veux être belle, belle à éblouir... Tu m’arroseras de parfums pour chasser les haleines fétides du trépas... tu brûleras de l’encens dans ma tombe...
La gitana s’arrêta et prêta l’oreille... Un bruit inaccoutumé se faisait entendre dans le château:
—Qu’est-ce? demanda-t-elle vivement et vivement troublée, qu’arrive-t-il? que peut-il arriver?
Saïd se précipita, heureux de cette diversion inespérée;—mais soudain la porte s’ouvrit et un homme entra...
C’était Juan, le Maure de don Paëz.