—J’arrive avant lui parce qu’il a été attaqué par un régiment espagnol à trois lieues d’ici, et qu’un combat à outrance s’est engagé.
—Et vous l’avez abandonné! exclama-t-elle éperdue.
—Il l’a voulu, répondit Juan. Cours, m’a-t-il dit, cours vers le château; si le roi s’y trouve, dis-lui qu’il va être enveloppé et réunissez le plus de troupes qu’il vous sera possible pour défendre le castel, tandis que je tiens tête au premier choc et cimente notre jeune amitié avec mon sang et celui de mes lansquenets!
—Oh! s’écria la gitana avec désespoir, il est mort peut-être...
En ce moment le bruit affaibli de la mousqueterie arriva jusqu’à elle; elle se dressa frémissante et courut à une tour au sommet de laquelle elle monta pour interroger l’horizon.
L’horizon paraissait désert; cependant, au couchant, un nuage de fumée étincelait aux derniers rayons du soleil et paraissait indiquer le lieu du combat.
Elle cloua son œil éperdu sur cette fumée, elle demeura haletante, anxieuse, le front dans ses mains et le corps agité d’un tremblement convulsif, semblant attendre que ce fatal nuage se déchirât et lui montrât son bien-aimé sain et sauf, la tête haute et l’épée à la main.
Mais le nuage ne se déchira point, le soleil disparut et la nuit jeta ses premières brumes sur les montagnes;—et à mesure que les ténèbres grandirent, l’éclair des mousquets brilla et les illumina de son fauve reflet;—et chacun de ces éclairs parut à la princesse chasser la balle qui trouerait la poitrine de don Paëz.
Mais enfin éclairs et bruit s’éteignirent graduellement; le nuage, un moment converti en volcan, reprit son aspect terne et blafard; et la princesse sentit une sueur mortelle inonder son front et le glacer...
Le combat avait cessé.—Don Paëz vivait-il?