Soudain, aux dernières et mourantes clartés du crépuscule, un cavalier parut à l’horizon et se dirigea vers le castel.

Il était seul, et à sa vue la princesse tressaillit...

Était-ce lui?

Elle le suivit du regard dans sa course rapide; elle trouva, tant son anxiété était grande, que le cheval qui le portait était fourbu; les dix minutes qui s’écoulèrent avant qu’il vînt heurter les grilles du castel furent pour elle autant d’angoisses et d’agonie; et quand enfin le cheval fut arrêté tout fumant, quand, au travers des ténèbres croissantes, il lui fut impossible de distinguer le visage de ce cavalier,—folle, éperdue, elle s’écria:

—Don Paëz? don Paëz?... est-ce toi?

A ce nom, le cavalier leva la tête, et elle poussa un de ces cris d’ivresse que nulle voix, nulle plume ne rediront jamais et dans lequel se fondirent en une joie immense les sombres et navrantes douleurs, les angoisses déchirantes qui avaient courbé le front et torturé le cœur de cette femme!

La gitana se précipita à la rencontre de don Paëz; et tandis qu’elle bondissait avec la légèreté d’une biche effarouchée à travers les escaliers et les corridors, elle oubliait une à une toutes ses tortures et les froids dédains de don Paëz, et la dureté de ce cœur d’acier qui ne s’était ému ni à ses larmes ni à son désespoir.

Foulant sans pitié sous ses pieds délicats les fleurs et les arbustes entassés dans les corridors, coudoyant les serviteurs qui s’échelonnaient, étonnés, sur son passage, elle arriva ainsi jusque dans la petite cour où don Paëz venait de mettre pied à terre et de jeter la bride aux mains des varlets.

En voyant accourir vers lui cette femme à qui la passion donnait une beauté sublime, ce démon vêtu de satin et couvert de pierreries dont le regard le brûlait et le fascinait, à la voix duquel il tremblait involontairement, don Paëz chancela et pâlit.

—Encore elle! murmura-t-il tout bas.