Elle s’arrêta encore, épiant un sourire, un mot d’amour, une étreinte;—mais don Paëz se redressa hautain et froid, il la repoussa d’un geste de colère et s’écria:

—Arrière, démon! arrière! tu me ferais croire à l’amour et je ne veux point y croire, je finirais par t’aimer, et l’amour tue le génie. Arrière! je ne veux pas t’aimer, je ne t’aimerai pas!

Elle poussa un cri, chancela et s’appuya défaillante, la lèvre crispée, le regard morne, à l’angle du balcon;—et comme la folie arrivait sans doute et gagnait sa tête ébranlée, elle mesura d’un œil stupide la hauteur de la terrasse, la profondeur des flots du lac qui dormaient en bas, et elle prit son élan pour s’y précipiter.

La main de fer de don Paëz l’arrêta; il l’enleva dans ses bras et la porta, mourante, sur le lit de repos;—il accomplit tout cela froidement, sans que son cœur battît plus vite, sans qu’un muscle de son visage tressaillît, sans que sa tempe se mouillât... on eût dit une statue de marbre.

—Laissez-moi mourir! murmura-t-elle d’une voix brisée. Paëz, sois noble, sois généreux, sois bon... laisse-moi mourir!

—Vous êtes folle! répondit-il en haussant les épaules.

Mais tout aussitôt la porte s’ouvrit et un homme entra.

Cet homme s’arrêta sur le seuil et mesura d’un coup d’œil rapide et froid la scène qu’il avait devant ses yeux et dont il devina le prologue.

A sa vue don Paëz recula, et la gitana, jetant un cri se précipita vers lui et l’enlaça étroitement:

—Frère, murmura-t-elle, frère, viens à mon aide; j’ai l’enfer dans le cœur.