—Enfant, répondit le roi maure, car c’était Aben-Humeya lui-même, calme-toi et espère... l’espoir ne meurt qu’avec la vie et je ne veux pas que tu meures...

Puis il se tourna vers don Paëz:

—Ami, lui dit-il, j’avais raison le jour où je te parlai de l’ingratitude de Philippe II et où je te prédis ta chute; tu fus sourd à ma voix, tu dois voir aujourd’hui si elle était sage; fugitif tu t’es rappelé de notre amitié et tu es venu me demander asile et vengeance, c’est noble à toi, don Paëz, et tu auras l’un et l’autre! Mon lieutenant Aben-Farax, a été tué ce matin même dans une escarmouche, tu prendras sa place, ami, tu seras mon lieutenant, mon frère d’armes, mon successeur...

—Jamais! s’écria don Paëz tressaillant.

—Insensé! murmura don Fernand, qui t’as persuadé que l’amour et le génie ne pouvaient brûler à la fois le même cœur et la même tête; fou qui n’as jamais songé que la femme était en ce monde le but unique de l’homme et le seul mobile de ce qu’il peut faire de noble et de grand.

—Le vide de mon cœur est mon talisman, répondit froidement don Paëz; le jour où j’aimerai je serai un homme perdu!

—Eh bien! fit le roi avec bonté, puisque tu crois à ton talisman, don Paëz, sois-lui fidèle jusqu’au jour où tu seras monté si haut que nul ne pourra te renverser de l’échelle de l’ambition; alors, jetant les yeux autour de toi, tu y retrouveras cette femme qui t’aime et dont tu brises si froidement le cœur avec ton dédain; tu la verras, muette et tremblante sous ton regard, vivant de ton sourire, prête à tout oublier, prête à t’aimer encore comme elle t’aime à cette heure... Tu ne me réponds pas, don Paëz?

Don Paëz, en effet, avait une morne et sombre attitude, et son front plissé attestait le labeur pénible de sa pensée, se heurtant, bouillonnante, aux parois de son cerveau. Il attachait son regard glacé sur la gitana émue et tremblante: il paraissait soutenir une dernière lutte contre son amour au profit de son orgueil.

—Réponds-moi? demanda don Fernand de cette voix grave et entraînante qui fascinait; réponds-moi, don Paëz?

Don Paëz releva le front: