—Merci, dit-elle; je marcherai.
—Mais vous êtes brisée, fit-il avec bonté et touché de la tristesse digne et grave de cette femme qu’il torturait ainsi.
Elle faillit le remercier de l’émotion avec laquelle il prononça ces paroles; mais elle était femme, c’est-à-dire capricieuse, et, à son tour, elle lui dit froidement et avec une raillerie aiguë et presque navrante.
—Vous oubliez, monsieur, que je suis Bohémienne, et que les Bohémiennes courent nu-pieds à travers les ronces et les cailloux des sierras.
Cette phrase, prononcée avec calme, alla au cœur de don Paëz:
—Vous êtes cruelle, madame, murmura-t-il.
—Eh bien! lui dit-elle en redevenant triste et pensive comme il convient à ceux qui perdent en un jour un père ou un frère en héritant d’une couronne, à des fronts qu’inclinent encore la douleur et le souci, oublions tous deux ce que nous avons pu nous dire de cruel, et partons! La nuit est avancée, nous sommes seuls, presque sans armes, nous pourrions, d’un moment à l’autre, tomber au pouvoir des bourreaux; marchons, monsieur!
Elle lui prit le bras et s’y appuya avec force;—elle sentit ce bras trembler sous sa main et l’ivresse remplit son cœur.
—Il m’aime déjà, pensa-t-elle.
En même temps, don Paëz tout frémissant murmurait tout bas: