Don Paëz n’avait d’autre arme que son épée, il était donc dans l’impossibilité de se défendre contre d’aussi nombreux adversaires;—s’il eût été seul, il eût, sans nul doute, marché sur eux l’épée haute, prêt à se faire tuer plutôt que de lâcher pied.

Mais il avait à côté de lui une femme, une femme de qui il allait tenir un trône, une femme qu’il était sur le point d’aimer, qu’il aimait déjà sans oser se l’avouer encore, et il la serra dans ses bras et se prit à courir.

La distance qui le séparait des soldats était assez grande, il l’eut doublée en quelque bonds, mais à leur tour, ceux-ci quittèrent leur attitude d’immobilité, ils se mirent à sa poursuite et firent feu sur lui plusieurs fois. L’étoile de don Paëz ou sa présence d’esprit à se courber et à dissimuler sa course au milieu des bruyères le sauvèrent. Les balles passèrent près de lui sans l’atteindre et presque toujours la gitana dans ses robustes bras, il continua à bondir de bruyère en bruyère, de roche en roche, avec la légèreté d’un daim qui fuit le plomb du chasseur.

Mais les soldats couraient aussi et continuaient à faire feu, les balles pleuvaient autour de don Paëz,—et don Paëz, désespéré, cherchait d’un œil éperdu, un abri, un secours, et n’apercevait rien.

Tout à coup il se trouva au bord d’un précipice, et dans l’impossibilité d’échapper, sans le franchir à ses implacables ennemis. De l’autre côté de ce gouffre de rochers, il remarqua les traces d’un campement construit à la hâte avec des branches d’arbres et des blocs de roche, et déserté sans doute à la hâte, car on voyait épars une douzaine de fusils.

Don Paëz s’arrêta une seconde à la lèvre du gouffre, il en mesura la largeur d’un coup d’œil assuré et rapide, et puis, toujours confiant en son étoile, il prit son élan pour le franchir.

Il fallut que ses jarrets eussent acquis la souplesse et l’élasticité de ceux du tigre, car il retomba sur le bord opposé et ne chancela point!

Il avait mis entre ses ennemis et lui un abîme de plusieurs centaines de toises de profondeur et de quinze pieds de largeur.

Courir à la redoute abandonnée, déposer la gitana dans le coin le plus abrité, puis s’armer d’un fusil encore chargé et revenir au bord du gouffre, fut pour don Paëz l’affaire de quelques secondes.

Les soldats arrivaient en courant,—don Paëz épaula, le canon du mousquet s’abaissa lentement, un éclair brilla, un soldat poussa un cri étouffé et tomba à la renverse.