Don Paëz prit un autre mousquet et fit feu une seconde fois,—un autre Espagnol mordit le sol ensanglanté.
Alors la gitana, cette créature si faible devant les émotions de l’amour, retrouva cette mâle énergie des femmes méridionales à l’heure suprême du danger; elle quitta le lieu où don Paëz l’avait placée, elle s’arma comme lui d’un mousquet et vint se placer à ses côtés.
Ce fut une lutte héroïque entre toutes, celle que soutinrent cet homme et cette femme à qui l’amour donnait force et courage, un poëme épique tout entier passa dans dix minutes, et à la fin duquel il n’y eut plus sur le bord opposé du gouffre, qu’un monceau de cadavres, alors que don Paëz et sa compagne étaitent debout encore.
Don Paëz se retourna vers elle avec un sourire de triomphe et d’orgueil; mais il poussa un cri et recula... La gitana était pâle et chancelante, et quelques gouttelettes de sang rosé perlaient sur sa robe blanche.
—Mon Dieu! s’écria don Paëz, au secours! à moi!...
—Ce n’est rien, murmura-t-elle d’une voix éteinte, une balle m’a frappée.
Elle s’évanouit dans les bras de don Paëz qui la soutint, et poussa un cri de fureur intraduisible.
—Oh! s’écria-t-il, malheur à moi... je l’aimais!
Et abandonnant la redoute, il reprit sa course à travers les bruyères, et s’enfuit, cherchant partout une source, quelques gouttes d’eau,—et ne les trouvant pas.
Tout à coup, dans le silence des bois, dans le lointain, le son d’une trompe de chasse se fit entendre; don Paëz reconnut la fanfare du roi Robert et poussa une exclamation de joie.