—A moi, Hector! cria-t-il; à moi les lansquenets!

Et il emboucha sa trompe à son tour, répondit à la fanfare, puis continua à courir, ivre d’impatience, d’angoisse et de fureur.

La rapidité de la course ranima la gitana.

—Don Paëz... fit-elle tout bas.

Il s’arrêta palpitant de joie, la déposa sur l’herbe et, l’œil humide, frémissant, il dégrafa sa robe, déchira la chemise et chercha la blessure... Une balle avait effleuré les chairs et la plaie n’offrait aucune gravité.

Les anges durent noter, pour en faire un hymne de reconnaissance, le cri de joie qui échappa alors à don Paëz; et, à ce cri, la gitana répondit par un autre non moins ardent, non moins passionné:

—Ah! dit-elle, tu m’aimes donc enfin!...

Il se redressa comme un taureau fougueux que les chiens ont mordu pendant son sommeil; son front se plissa, il voulut blasphémer et la repousser encore, mais cette fois son cœur parla plus haut que son orgueil; il s’agenouilla près d’elle, prit ses petites mains dans les siennes, appuya ses lèvres brûlantes sur son front pâli, auquel il imprima un long baiser et murmura:

—Pâlisse maintenant mon étoile! peu m’importe! je viens d’éprouver un moment d’ivresse que dix siècles de gloire et de puissance ne pourraient faire oublier.

En ce moment, la fanfare du roi Robert se fit entendre de nouveau; don Paëz bondit sur ses pieds et cria: à moi Hector! Hector, à moi!