Le farouche gardien avait peut-être un autre nom; mais les condamnés, dont il se plaisait à meurtrir les épaules, lui avaient donné celui de son instrument de torture. Le voleur qui avait fini son temps et retournait dans le Brook street, disait à ceux qui n'avaient jamais vu le terrible tread mill: Dieu et saint George vous gardent du cylindre de M. Whip!

M. Whip était aussi détesté des autres gardiens qu'il l'était des condamnés eux-mêmes.

C'était un homme taciturne, qui vivait seul, ne parlait à personne et semblait exercer ses redoutables fonctions avec une joie brutale.

Or, c'était précisément, dans son cylindre qu'on avait placé le petit Ralph; et, dès la première tournée, l'enfant fit connaissance avec son fouet.

Quand, le soir, on le réintégra meurtri et brisé dans sa cellule, l'enfant était à demi abruti.

Il n'avait plus de larmes dans les yeux: il ne se sentait plus de révoltes dans l'âme.

Toute la journée, au milieu de ses tortures, une idée avait dominé son esprit.

Cette idée fixe, c'était l'espoir d'entendre le soir cette voix qu'il avait entendue déjà la veille et qui lui avait dit à travers la porte: «Ta mère veille sur toi.»

Pour les hommes faits, pour ceux qui se sont courbés déjà aux rudes épreuves de la vie, le souvenir de la patrie est une consolation suprême.

Pour l'enfant, le souvenir de sa mère a la même puissance.