Le Mariage impérial.

1804.—Bonaparte crut que plus il s'élèverait, moins on pourrait l'atteindre; en fondant une dynastie héréditaire, sa mort ne serait plus le signal d'une révolution républicaine ou monarchique, les conspirateurs se décourageraient et les ennemis de la France accepteraient son nouveau souverain. Il n'y a que deux formes de gouvernement, la Royauté et la République; tout le reste est bâtard.

Le Pape vint à Paris pour la cérémonie du sacre. Tout était prêt, la date fixée au 2 Décembre, quand un aveu de Joséphine révéla que son union civile du 9 mars 1796 n'avait pas été suivie du mariage religieux.

Dans une entrevue avec Napoléon, Pie VII lui déclara que l'Église ne recherchait pas l'état de conscience des Empereurs pour les couronner et qu'il était disposé à le sacrer, mais qu'il lui était impossible de couronner Joséphine sans la consécration divine de son alliance. Si vivement contrarié qu'il fût par l'obstacle et surtout par l'observation du Pape, le briseur de sceptres dut s'incliner.

Le cardinal Fesch, son oncle, fut appelé aux Tuileries, et donna, dans la Chapelle, la bénédiction nuptiale aux époux. Je fus, avec Berthier, le témoin de Napoléon et de Joséphine; mais madame Grand ne fut pas invitée. Le lendemain, par un froid rigoureux, je pus voir la Petite Créole couronnée impératrice par les mains de ce petit Bonaparte que son notaire l'avait engagée à ne pas épouser, parce qu'il n'avait que la cape et l'épée.

Il faut, pour le séduire, étonner le vulgaire;
Ce qui brille l'attire aux filets du pouvoir,
Ainsi que l'alouette il se prend au miroir.

Quand je regarde la vaste toile de David, où il a représenté cette cérémonie à Notre-Dame, je songe au mot de Shakespeare: «L'avenir est plein de choses absurdes.»

L'Épée et la Plume.

1805.—Napoléon est Empereur de France et Roi d'Italie. L'Aigle tient l'Europe dans ses serres, et mon œil le suit à vue comme la Paix suit la Victoire.

La France est la seule puissance parfaite, parce que seule elle réunit les deux éléments de grandeur inégalement répartis entre les autres, les richesses et les hommes. La Russie est une puissance factice, cauteleuse, qui ne s'associera jamais à une généreuse entreprise sans y être directement intéressée. L'Autriche est un boulevard suffisant contre le Nord, et il faut créer le Royaume de Pologne. L'Eau à l'Angleterre, la Terre à la France: voilà la solution du problème européen.