Prjevalsky, même lettre et livre, note p. 246 et 247 :
« Dans ses Souvenirs d’un voyage dans la Tartarie et le Thibet, le Père Huc assure que l’on constate dans cette chaîne la présence d’un dégagement d’acide carbonique et raconte les souffrances que ce gaz fit endurer à toute sa caravane pendant le passage dans ces montagnes. Nous lisons le même récit dans la traduction de l’itinéraire chinois de Si-Ning à Lhaça (Bulletin de la Société impériale de géographie, 1873, ch. IX, p. 298 et 305). Dans vingt-trois localités de cette route, dit-il, on constate le Tchjan-tzi, c’est-à-dire des émanations nuisibles. Or, nous avons passé quatre-vingts jours sur le plateau du Thibet septentrional, et nulle part nous ne nous sommes aperçus de la présence de l’acide carbonique.
» Le malaise que l’on éprouve pendant l’ascension tient à la raréfaction de l’air sur une pareille altitude. C’est aussi la cause pour laquelle il est si difficile d’y faire du feu. Si, en effet, il existait là des dégagements d’acide carbonique, comment les bestiaux, ainsi que les bandes d’animaux sauvages pourraient-ils séjourner dans ces montagnes ? »
Reportons-nous au passage de Huc, t. II, p. 221 :
« La montagne Bourhan-Boudda présente cette particularité assez remarquable, c’est que ce gaz délétère ne se trouve que sur la partie qui regarde l’Est et le Nord ; de l’autre côté, l’air est pur et facilement respirable, il paraît que ces vapeurs pestilentielles ne sont autre chose que du gaz acide carbonique. Les attachés à l’ambassade nous dirent que lorsqu’il faisait du vent, les vapeurs se faisaient à peine sentir, mais qu’elles étaient très dangereuses lorsque le temps était calme et serein. Le gaz acide carbonique étant, comme on sait, plus pesant que l’air atmosphérique, doit se condenser à la surface du sol et y demeurer fixé jusqu’à ce qu’une grande agitation de l’air vienne le mettre en mouvement, le disséminer dans l’atmosphère et neutraliser ses effets. Quand nous franchîmes le Bourhan-Boudda, le temps était assez calme. Nous remarquâmes que lorsque nous nous couchions par terre, nous respirions avec beaucoup plus de difficultés. Si, au contraire, nous montions à cheval, l’influence du gaz se faisait à peine sentir. La présence de l’acide carbonique était cause qu’il était très difficile d’allumer du feu ; les argols brûlaient sans flamme et répandaient beaucoup de fumée.
» Maintenant, dire de quelle manière se formait ce gaz, d’où il venait, c’est ce qui nous est impossible. Nous ajouterons seulement, pour ceux qui aiment à chercher des explications dans les noms mêmes des choses, que Bourhan-Boudda signifie « cuisine de Bourhan ». Bourhan est, comme on sait, synonyme de Boudda. »
A première vue, il semble probable que les souffrances dont parle Huc tiennent à la raréfaction de l’air ; nous savons combien elle est pénible ; elle peut aller jusqu’à occasionner la mort (nous en avons eu un exemple dans notre voyage).
Comme nous le verrons plus loin, il est bien possible que Prjevalsky n’ait pas suivi exactement la même route que Huc. Dans les montagnes du Thibet, on trouve des sources chaudes, des émanations sulfureuses, des geysers ; pourquoi n’y aurait-il pas aussi, dans des contrées d’origine volcanique, des dégagements d’acide carbonique ?
N’oublions pas, d’ailleurs, que Huc n’a pas de connaissances scientifiques ; il a traduit le mot chinois T’on-tch’i (T’on, terre, et tch’i, exhalation) ou plutôt, ton tch’i (ton, empoisonné, et tch’i, vapeur) et cherche à lui donner une explication.
Les gens du Lob Nor nous ont signalé le même phénomène dans certains passages de l’Atltyn-Tagh : une exhalation mauvaise sortant de terre, et tuant bêtes et gens.
6o Il (Huc) représente l’ascension des monts Chouga comme très raide, tandis que la chaîne a des versants faibles et propres à recevoir des rails d’un chemin de fer.
Reportons-nous encore au récit de Huc :