Ici, Prjevalsky, qui, nous l’espérons pour lui, a fait ses critiques de souvenir, est trompé par sa mémoire ; Huc dit en effet (p. 209) :
« Le 15 novembre, nous quittâmes les magnifiques plaines du Koukou Nor, et arrivâmes chez les Mogols du Tsaï-Dam. A peine avions-nous franchi la rivière du même nom que le pays change d’aspect brusquement. »
Cette critique se trouve simplement réfutée par le fait.
4o Prjevalsky écrivait encore en 1875 :
« Huc dépeint la contrée du Tsaï-Dam comme une steppe aride, tandis qu’en réalité c’est un marais salé, couvert partout de roseaux de cinq à sept pieds de hauteur. »
Ici, je me contenterai de citer la description de Huc et celle de Prjevalsky lui-même dans son récit définitif :
(Huc, t. II, p. 209). « Le 15 novembre, nous quittâmes les magnifiques plaines de Koukou Nor et nous arrivâmes chez les Mongols de Tsaï-Dam. Aussitôt après avoir traversé la rivière de ce nom, le pays change brusquement d’aspect. La nature est triste et sauvage ; le terrain aride et pierreux semble porter avec peine quelques broussailles desséchées et imprégnées de salpêtre. La teinte morose et mélancolique semble avoir influé sur le caractère des habitants qui ont tous l’air d’avoir le spleen. Ils parlent très peu, et leur langage est si rude et si guttural que les Mongols étrangers ont souvent de la peine à les comprendre. Le sel gemme et le borax abondent sur ce sol aride, et presque entièrement dépourvu de bons pâturages. On pratique des creux de deux ou trois pieds de profondeurs, et le sel s’y rassemble, se cristallise, et se purifie de lui-même, sans que les hommes aient le moins du monde à s’en occuper.
» Le borax se recueille dans de petits réservoirs qui en sont entièrement remplis. Les Thibétains en emportent dans leur pays pour le vendre aux orfèvres qui s’en servent pour faciliter la fusion des métaux.
» Nous nous arrêtâmes pendant deux jours dans le pays des Tsaï-Dam. »
(Prjevalsky, p. 233). « La chaîne méridionale sert de ligne de démarcation accusée entre les steppes fertiles du lac Bleu et les déserts qui s’étendent dans le Tsaï-Dam et le Thibet. Effectivement, le versant septentrional de cette chaîne rappelle en tout les monts du Han-Sou ; il est couvert d’arbustes, de petits bois, bien arrosé et abondant en prairies. Au contraire, le versant du sud porte le cachet mongol ; ses pentes sont argileuses, en grande partie dénudées ou couvertes de genévriers arborescents ; les lits des rivières y sont desséchés et les pâturages n’existent pas. Tout annonce le désert qui se déploie au midi de ces montagnes et rappelle celui de l’Alachan.
» Sur un sol argileux et salin croît seulement le dirisson et le caldium gracile, la nitraria scholeri et l’on aperçoit des antilopes, ce qui dénote toujours une contrée des plus sauvages. On remarque ici le lac salé de Dalaï-Dabassou dont la circonférence a une quarantaine de verstes. D’excellents dépôts de sel y sont accumulés et forment une couche d’un pied d’épaisseur ; près des rivages, elle ne dépasse pas un pouce. Le sel est expédié à Donkir, et un fonctionnaire mongol est spécialement préposé à la surveillance de l’exploitation.
» La plaine déserte dans laquelle s’étale ce lac salé a une largeur de trente verstes et se déploie au loin vers l’est. »
Comme on le voit, entre ces deux descriptions, il y a peu de différence. Le voyageur russe oubliait sa première lettre, lorsqu’il parlait ainsi en 1875, ou plutôt, il avait voulu, en 1873, faire allusion à une autre partie du Tsaï-Dam, peut-être la région septentrionale ; car dans les lignes que nous citons, on cherche en vain la mention de ces fameux roseaux dont l’omission est reprochée au missionnaire.
5o Ce qu’il (Huc) dit des gaz du Burkan-Boudda est douteux.