Au sud, le Thibet est en contact direct avec un pays civilisé : l’empire anglais des Indes qui déborde entre ses alliés ou tributaires. Entre ceux-ci et le Thibet se dresse la chaîne colossale de l’Himalaya, barrière redoutable, mais non infranchissable ; de nombreuses routes la traversent.
La frontière est partout ; des Indes au Thibet il n’y a qu’une enjambée. Ce pas à faire, en vain quelques Français le tentent pendant huit années consécutives, de 1850 à 1858 ; suivant avec une ténacité remarquable, de l’est à l’ouest, la longue frontière des Indes, ils font l’ascension des principaux cols, s’adressent successivement aux petits souverains, passent parfois outre, continuent sans cesse leurs tentatives, souvent repoussés, jamais rebutés.
A cette tâche dangereuse deux d’entre eux trouvent pourtant la mort : MM. Krik et Bourry sont massacrés, en 1854, par des sauvages Michmis, sur les confins du haut Assam et du Dza-yul.
Ce meurtre n’est pas fait pour décourager des missionnaires ; il faut, pour les arrêter, un ordre de leur supérieur, Mgr Demazures, sacré évêque de Sinopolis et vicaire apostolique du Thibet. Tous les efforts seront concentrés sur la frontière de Chine.
Malgré l’aide intéressée des Anglais, huit ans de tentatives continuelles pour franchir la frontière des Indes, au nord, n’ont pas encore donné un résultat pratique.
L’œuvre des missionnaires a progressé plus rapidement à l’est. De ce côté, le Thibet touche à l’une des provinces les plus peuplées de la Chine, au Setchuen, puis au Yunnam ; hérissé de hautes montagnes, bordé de larges fleuves qui coulent du nord au sud, ici, comme ailleurs, il se protège par ses frontières naturelles. Un débouché le met en communication avec chacune des provinces chinoises ; à Batang passe la grande route impériale qui, de Lhaça, va à Pékin en traversant, au Thibet, Tsiamdo et, au Setchuen, Tatsien-lou.
A Atentzé, la route du Yunnan qui, partant de Tsiamdo, descend au sud à Taly-fou.
Batang, ou plus loin, Ta-tsien-lou, d’un côté, et Atentzé, de l’autre, sont les deux grands marchés du Thibet avec la Chine.
Dans ces voies de pénétration au Thibet, les missionnaires s’engageront aussi loin qu’ils pourront, souvent chassés au mépris des traités, pillés, menacés de mort, quelques-uns même massacrés, ne comptant sur d’autre soutien que leur volonté et leur courage héroïque ; ils reviendront sans cesse, ils parcourront la région en tout sens, établissant du nord au sud une ligne de stations intermédiaires le long du Lang-tsang-kiang (haut Mé-kong) dans le pays des salines et des mines et gardant à l’est leurs communications avec les missions du Setchuen et du Yunnam.