La jeune reine était la fille d'une mère simple et bonne, modèle de vertus. Elle avait pour frères l'archiduc Joseph, beau soldat, qui eut trois chevaux tués sous lui à Sadowa, et l'archiduc Etienne, idole de mon enfance, et qui fut proscrit par la cour de Vienne. On le trouvait trop populaire. Il finit ses jours, exilé en Allemagne, au château de Schaumbourg.

Le roi Léopold Ier, mon grand-père, étant mort le 10 décembre 1865, le roi Léopold II et la reine Marie-Henriette montèrent sur le trône.

Je revois la Reine, telle que ma tendresse la connut en s'éveillant dans ses bras, telle que mon adoration a vécu près d'elle, telle, enfin, que mon espoir dans l'Au-Delà lui demeure consacré.

La Reine était d'une taille moyenne et d'aspect svelte. Sa beauté n'avait d'égale que sa grâce. La pureté de ses lignes annonçait leurs richesses et ses épaules méritaient l'épithète de royales. Sa démarche souple était d'une femme sportive. Sa voix, d'un timbre pur, éveillait des échos dans les âmes. Ses yeux, d'un brun plus foncé que ceux du Roi, étaient d'un lumineux moins aigu et plus chaud. Ils parlaient éloquemment.

Mais combien peu comptaient ses perfections physiques, en comparaison de ses perfections morales!

Chrétienne accomplie, elle entendait la religion en observant rigoureusement ses pratiques, sans être le moins du monde étroite d'esprit. Elle avait, de Dieu et des mystères de l'Infini, une conception philosophique et assurée que la Foi éclairait de sa doctrine et affermissait de ses règles.

Les personnes qui n'ont pu, su ou voulu étudier le problème religieux, se persuadent aisément qu'il est absurde de s'astreindre aux prescriptions d'une confession, à ses gestes et cérémonies. La femme sincèrement chrétienne, la femme qui est, par excellence, la mère et l'épouse, est, pour ces esprits forts, un être inférieur, tombé aux mains des prêtres. Mais ils sont bien aises de l'avoir pour gardienne du foyer!

La religion ne détournait aucunement la Reine de ses obligations d'état, de son goût pour les arts et de sa pratique des sports.

Elle recevait, elle présidait un cercle, elle passait dans une fête avec un naturel souriant et ailé qui n'était qu'à elle et que j'admirais passionnément, à l'âge où il me fut permis de suivre, dans son sillage.

La Reine s'habillait avec un art spontané qui était toujours en harmonie avec les circonstances.