Que serais-je devenue sans le souvenir de la Reine et sans le secours de Dieu? La Foi me soutint. Elle mit en moi le courage des martyrs.

Cependant, à Agram, le Comte, arrêté, lui aussi, apprenait dans les formes du code militaire autrichien, qui était encore celui de 1768, qu'il était accusé—on saura par qui tout à l'heure!—d'avoir négocié des traites portant les fausses signatures de la Princesse Louise de Saxe-Cobourg et de l'Archiduchesse Stéphanie.

J'allais être proclamée folle, et il serait proclamé faussaire.

Le pire n'est pas ce qu'on me fit. Ce n'est rien, à côté de ce que l'on réalisa contre lui!

Ah! cette justice de cour que la révolution a balayée! Ah! ce code d'une armée, esclave du trône avant d'être gardienne de la patrie! Quel défi au bon sens, à la veille du XXe siècle.

Et l'on s'étonne, ensuite, qu'un peuple se soulève!

Le comte fut mis en prison sur la dénonciation du même innommable individu qui se muait pour moi en policier.

Le gouverneur d'Agram était à ses ordres! Il crut sur parole—ou en eut l'air—ce petit avocat à tout faire, racontant que le comte Geza Mattachich avait faussement apposé ma signature et celle de ma sœur Stéphanie sur des traites qui étaient déjà depuis neuf mois chez des prêteurs de Vienne, lesquels venaient de s'apercevoir subitement (!) de la fausseté des valeurs.

Or, ma signature était bien et dûment la mienne.

Voilà ce qu'il ne fallait pas que je dise.