Le pays est agreste, et mériterait d'attirer la clientèle cosmopolite. Mais sa renommée, purement allemande, rassurait d'avance mes geôliers. Personne n'irait me chercher dans ce modeste Wiesbaden bavarois. Et si, d'aventure, mon défenseur surgissait, il trouverait les avenues gardées.

De fait, l'hôtel où je descendis avec ma suite de policiers et de policières fut immédiatement entouré, selon les règles de l'art, d'un cordon de sentinelles et de surveillants.

Quiconque d'inhabitué, d'inconnu, approchait, était suivi, observé et promptement identifié.

Le Comte se garda bien de se montrer, quoique, par les intelligences qu'il s'était ménagées à Koswig, il eût appris sans retard que j'étais partie pour Bad-Elster.

La police ne signala rien d'insolite à mes gardiens. Personnellement, j'étais, à mon habitude, sans impatience ni révolte. Ma «demoiselle de compagnie» ne pouvait que rendre hommage à ma gracieuseté. Mais, en moi-même, je sentais venir la délivrance.

Cette intuition se trouva promptement confirmée:

Un jour, au tennis, je vis passer un gros homme, dont l'allure, le chapeau, le costume annonçaient un Autrichien. Ses yeux cherchèrent les miens qu'ils fixèrent avec insistance, pendant qu'il me saluait avec respect. J'aurais juré que le regard de cet homme venait de m'annoncer le Comte!

Je ne me serais point trompée!

Un peu plus tard, à l'hôtel, je sortais de la salle à manger, précédée du médecin de police attaché à ma personne, et suivie, à cinq ou six pas, de ma «demoiselle de compagnie», un individu blond me frôle et murmure:

—Attention! On s'occupe de vous!