Je ruminais tout cela, tandis que la femme de chambre achevait son office. Enfin, je fus seule…

J'eus promptement revêtu un costume et chaussé des bottines que j'étais parvenue à dissimuler, en prévision du soir de ma fuite. Mon bagage fut bientôt achevé. Toute lumière éteinte, retenant mon souffle, j'attendis le signal.

Mais quel signal? Je n'en savais rien. J'écoutais…

Peu à peu, le silence se faisait complet dans ce coin tranquille de Bavière où le spectacle, comme il est d'usage en Allemagne, prend fin avant dix heures. Les soupeurs qui s'attardent sont rares. La calme nuit enveloppait Bad-Elster, une belle nuit de pleine lune. Un danger de plus, cette clarté lunaire. Mais je n'avais pas le choix, et mon temps de «villégiature» touchait à son terme.

Les douze coups de minuit sonnèrent, puis la demie, puis le premier coup de l'heure, et presque aussitôt j'entendis à ma porte un grattement de souris. Kiki se dressa… Mais d'un signe, je lui fis: «Chut!» Et il comprit!

J'ouvris doucement. L'ombre du gardien de nuit se dessina dans le corridor.

—Me voilà, dis-je, très bas.

—Silence!… Tenez-vous prête. Je viendrai quand il en sera temps.

Il s'éloigna.

Je suis restée deux heures, collée à la porte, ma valise près de moi. Enfin, j'ai perçu un glissement. C'était le gardien. Je me suis retournée vers mon chien. Il m'observait, inquiet. Je suis venue à lui. Les oreilles droites, assis sur son séant, au creux d'un coussin dans un fauteuil, il comprenait que j'allais partir, et partir sans lui!