Je lui ai dit, en le caressant:

—Kiki, ne fais pas de bruit. Si tu fais du bruit, je suis perdue!

Il n'a pas bougé. Il n'a pas aboyé. Il n'a même pas gémi, comme parfois, en enfant gâté.

Déjà, j'étais à côté du gardien, sur le seuil de la porte.

—Il faut ôter vos chaussures, murmura-t-il. On vous entendrait.

Il se baissa et me les enleva, puis, se chargeant de mon mince bagage, il m'entraîna, appuyée à son bras.

D'un dernier coup d'œil, j'avais dit adieu aux choses familières que je laissais dans ma chambre, et recommandé le silence à mon bon petit chien. Je suivis le corridor sur lequel s'ouvraient, proches de la mienne, les portes de la «Demoiselle de compagnie» et du docteur. Dieu merci, elles restèrent closes. Un autre corridor nous mena à un escalier par lequel nous gagnâmes le rez-de-chaussée. Là, dans l'obscurité presque totale, j'aperçus une ombre, un doigt sur la bouche. C'était le Comte…

Le veilleur de nuit ne nous laissa pas nous attarder. Il me fit reprendre mes bottines et nous guida, protégés de la clarté lunaire par l'hôtel, jusqu'à une serre, puis à une terrasse, qui accédait à la route.

Là, deux sentinelles s'étaient rejointes et causaient paisiblement, éclairées par la lune qui, pour notre perte, illuminait devant nous le chemin de la délivrance.

Nous attendions, anxieux. Bientôt, les sentinelles se séparèrent et s'éloignèrent dos à dos… Le Comte, prenant brusquement son parti, me fit franchir la route en quelques bonds légers. Il tenait ma valise; le gardien de nuit était resté caché sur la terrasse. Nous étions à présent sous des arbres, de l'autre côté du chemin. Les sentinelles n'avaient rien vu, rien entendu!