J'arrivai enfin à Paris, saine et sauve. Je n'avais plus rien à craindre. J'étais sur une terre hospitalière, protégée par de justes lois.
On sait que les plus éminents des aliénistes français reconnurent, après de longues séances où je fus minutieusement interrogée et examinée, l'inanité des affirmations pseudo-médicales aux termes desquelles on avait pu me tenir pour folle, pendant sept ans, et me traiter en mineure incapable et interdite. Mes droits civils me furent rendus. En même temps que ma liberté, j'avais miraculeusement recouvré ma raison.
Je devais, hélas! pendant l'affreuse guerre, retrouver sur ma route l'implacable haine dont j'ai tant souffert.
Pour le coup, elle me crut en son pouvoir, et fut odieuse d'âpreté. Ce n'était plus par avidité des millions de l'héritage du Roi mon père. C'était par appétit d'une autre fortune: celle de l'Impératrice Charlotte, ma tante infortunée, dont le château de Boucottes abrite la végétative vieillesse. Cette possibilité de biens éveillait les mêmes convoitises; elle engendra les mêmes procédés. Mais, ici encore, je fus providentiellement sauvée.
XVIII
LA MORT DU ROI. INTRIGUES ET PROCÈS
Un livre existe, qui a été tiré seulement à 110 exemplaires, judicieusement répartis entre des mains qui ne les ont pas égarés.
Ce livre, je déplore qu'on ne l'imprime pas à grand nombre, complété, par exemple, de toutes les pièces du débat relatif à Niederfullbach, et des divers arrêts rendus contre mes revendications. Tel qu'il est, par ce qu'il contient et encore plus par ce qu'il ne contient pas, je serais heureuse de le voir dans les Facultés et Ecoles de Droit du monde entier. Il y serait utile et suggestif. Le grand public lui aussi, pouvant l'avoir sous les yeux, le consulterait avec intérêt.
Que de réflexions il inspirerait, non seulement aux juristes, mais encore aux philosophes, aux historiens, aux écrivains, voire aux simples curieux des documents par lesquels un siècle, un peuple, un homme se caractérisent.
Que de trouvailles on y ferait sous la belle ordonnance des mots et des chiffres. Quelle partie prodigieuse jouée dans ce livre par un esprit génial entouré de collaborateurs dévoués à sa grandeur, tant qu'il est vivant, et qui, enrichis et satisfaits, oublient son œuvre et son nom, dès qu'il est mort.