Laissons de côté les milliards de l'avenir et les centaines de millions du passé.

J'ai renoncé aux espérances et aux légendes, d'autant plus aisément que personne moins que moi ne tient à l'argent. J'aurais voulu faire des heureux, favoriser de belles œuvres, créer d'utiles fondations. Dieu connaît tous mes rêves. Il a décidé qu'ils ne seraient pas exaucés. Je me suis résignée.

Je n'ai plus souhaité que défendre un principe, et obtenir, pour moi, un minimum de possibilités d'existence libre et honorable, conforme à mon rang.

Mon action en justice était-elle donc injustifiée?

Qu'établissent les documents qu'il est aisé de consulter, et que je ne saurais reproduire ici sans donner à ces pages un caractère différent de celui que j'ai voulu leur donner, pour passer sans s'appesantir?

Les documents prouvent que la fortune personnelle du Roi atteignait un minimum de deux cents millions, à l'époque de sa dernière maladie.

Au décès du Souverain, cette fortune s'est, en majeure partie, volatilisée. Mes sœurs et moi, nous avons eu douze millions chacune, en chiffre rond.

Mais le reste?

On nous a dit, et on m'a dit à moi spécialement:

—Quoi? Vous vous plaignez? Vous ne deviez avoir que cinq millions, aux termes du testament paternel. Vous en avez douze, et vous n'êtes pas satisfaite? Vous plaidez! Vous accusez! Vous récriminez! Vous serez donc toujours en guerre contre quelqu'un?»