Je n'ai été en guerre contre personne, nommément, dans cette affaire. J'ai simplement soutenu le droit, en m'imaginant que c'était mon devoir.
L'Etat, juge et partie, m'a répondu, par de beaux arrêts, que j'avais tort.
Accepterait-il de soumettre ses jugements à un tribunal arbitral, formé de juristes de pays amis de la Belgique?
Je renonce d'avance aux bénéfices de leur décision, si elle est en ma faveur.
Accepterait-il une enquête, par leurs soins, sur la fortune réelle et personnelle du Roi à sa mort, et sur ce qu'elle est devenue?
Je suis fixée d'avance. Ces questions indiscrètes ne trouveront qu'un silence profond.
Ce qui me console dans mon infortune, c'est de savoir que les hommes de confiance du Roi se sont enrichis à son service. Si mon père n'a voulu laisser que quinze millions, j'ai la certitude qu'ils pourront en laisser beaucoup plus.
J'en suis heureuse pour eux, parce que je trouve naturel que le mérite, la valeur, la conscience, la fidélité trouvent, ici-bas, des récompenses matérielles.
Je ne déplore qu'une chose, qui tient à la nature humaine: l'argent, hélas! ne la rend pas meilleure. Il durcit les cœurs.
Comment de fidèles serviteurs du Roi et de ma famille peuvent-ils être à leur aise dans des palais, ou des demeures tout aussi confortables, lorsque j'en suis réduite à vivre comme je suis obligée de vivre, incertaine, chaque jour, du lendemain, quoique prise entre deux fortunes: celle que j'aurais dû avoir, celle que je peux avoir encore?